Extrait de Henri et René de Saint-Delis
[298] - Henri de Saint-Delis et Honfleur Grâce sous le dôme que font les grands arbres qui la bordent. Mais à l’arrivée au sommet de la colline, l’espace se révèle d’autant plus majestueux qu’il se résume à peu d’éléments : un ancien et singulier petit sanctuaire, des grands arbres séculaires, un calvaire plutôt banal, mais surtout cette ter- rasse qui ouvre sur l’immensité verte de l’estuaire et de la côte havraise. Le panorama, qui a tant séduit l’écrivain américain Washington Irving (1783 – 1859), a la même majesté que la pointe de Bon-Secours au dessus de Rouen, où se niche la tombe de José Maria de Heredia. Sur la Côte de Grâce, tout faisait sujet pour Henri : la cha- pelle, le calvaire, l’ouverture sur la vallée de la Seine et la baie de Tancarville et surtout les grands arbres, des arbres majes- tueux comme les représenta Louis Français. Henri peindra même, une fois ou l’autre, la maison de tante Berthe. Il y aima l’automne, cette saison des choses finissantes qui renvoie si bien à la finitude des existences. Il aima l’automne où le soleil, quand il surgit, montre sa commisération au monde végétal qui s’endort. Il aima l’automne qui donnait aux frondaisons des sonorités somptueuses aux nuances mélancoliques. Et les automnes de Henri, avec son écriture en taches de teintes chaudes enveloppées, ceinturées, supportent – au moins – la confrontation avec les meilleures œuvres de Corot, Français, Cals (qui a donné sur la Côte sa plus belle œuvre), Monet ou Friesz. Il aima cette saison comme l’aimait Lamartine : Salut ! bois couronnés d’un reste de verdure ! Feuillages jaunissants sur les gazons épars ! Salut, derniers beaux jours ! Le deuil de la nature Convient à la douleur et plaît à mes regards ! mais sans doute plus encore comme Rainer Maria Rilke dans « Automne » où l’anaphore dit ce que l’homme solitaire inté- riorise de la nature : Les feuilles tombent, tombent comme des lointains comme si aux cieux dans des jardins éloignés, tout flétrissait elles tombent en gestes de refus. Et dans les nuits la lourde terre tombe depuis toutes les étoiles dans la solitude. Nous tous nous tombons. Les hauteurs du plateau n’étaient évidemment pas moins pluvieuses que la ville en contrebas. Henri savait qu’il pouvait se réfugier sous le porche rustique de la chapelle, un porche à la curieuse forme de chapeau-cloche. Il se reposait au besoin à l’intérieur de la chapelle, parmi les portraits peints de bateaux, les navires votifs et les ex-voto . De ces ex-voto , il en parle ironi- quement à Jean Houët dans une lettre non datée : « Il y a des gens qui ont réussi par leurs prières ; quant à moi, je tente de réussir par mon travail. » Henri passa de longues heures alentour de cette chapelle, des heures mélancoliques et des heures gaies, mais toutes scandées à l’identique par le son du carillon caché sous le clocheton d’ardoise. D’ailleurs, un jour où un photographe pour cartes postales s’en vint faire un cliché de la chapelle, il était là et s’amusa de figurer sur la photographie. Henri de SAINT-DELIS La chapelle Notre-Dame-de-Grâce d’Équemauville (près Honfleur). Circa 1925. Aquarelle. H. 23,5 x L. 30,0 cm (à vue) Collection particulière Page de droite. Henri de SAINT-DELIS Honfleur. Le calvaire et l’estuaire. Circa 1925. Huile sur panneau. H. 55 x L. 46 cm. Collection particulière
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