Extrait Sport & Vie
n o 193 24 MASH ++++++ Une belle gueule de vainqueur Les PPR existent sous des milliers de formes différentes. Chacun la sienne. Mais il semblerait que la plus simple et la plus efficace serait tout simplement de sourire. En 2017, des chercheurs bri- tanniques avaient réuni 24 coureurs de haut niveau auxquels ils avaient demandé de courir quatre fois six minutes à 70% de leurs capacités, chaque fois avec une attitude différente: souriante, sourcils froncés, bras relâchés et course naturelle. A l’analyse des résultats, il apparaissait que la fatigue perçue était moins intense lorsqu’on souriait! Et cela se vérifiait même dans la consommation d’oxygène, légèrement plus faible, surtout en comparaison avec l’attitude renfrognée (sourcils froncés). Est-ce applicable à grande échelle? Nous n’en sommes pas sûrs. Puis ce serait terrifiant. Imaginez des bataillons de marathoniens défiler avec un grand sourire forcé. Brrr. FB-H Référence: The effect of facial expression and relaxation cues on movement economy, physiological, and perceptual responses during running , dans Psychology of Sport and Exercise , janvier 2018 A l’insu de notre plein gré Un phénomène extrêmement curieux agite les esprits depuis quelques mois. Il s’agit des malaises qui font suite à des piqûres faites par surprise dans les boîtes de nuit, les bars, les concerts et désormais aussi dans les stades de foot. En Belgique, des dizaines de personnes se sont déclarées victimes de cette forme particu- lière d’empoisonnement lors du match Malines-Genk le 21 mai der- nier. Le récit est presque toujours le même. On ressent une dou- leur soudaine et très localisée. Parfois, on relève une trace rouge là où l’aiguille a transpercé la peau. Juste après, la victime se sent mal: fatigue, nausées et parfois même évanouissement. Voilà qui fait un peu penser aux parapluies bulgares dont se servaient les agents secrets du chef d’Etat Todor Jivkov pour éliminer les oppo- sants au régime. La pointe du parapluie était remplie de ricine, un poison mortel à des doses de seulement un à trois milligrammes. Une différence tout de même. Ici, personne n’est mort. Et sur- tout, on ne trouve la trace d’aucune substance exogène dans les organismes. Les experts en toxicologie s’interrogent: quelle drogue cela pourrait-il être? On a parlé de GHB (gamma-hydroxybutyrate), mieux connu sous son surnom «drogue du viol» (*). Mais l’injec- tion intramusculaire d’une dose efficace de ce produit ne pourrait jamais passer à ce point inaperçue. En réalité, on ne connaît pas de produit qui permette d’expliquer ces symptômes. Se pourrait-il alors que nous soyons face à un phénomène d’hystérie collec- tive? En psychiatrie, on désigne par cette expression «l’apparition de symptômes physiques en l’absence de désordre organique et d’agents pathogènes identifiables» . L’hystérie collective est à la psychosociologie ce que la foudre en boule est à la physique: un phénomène rare mais attesté, dont les caractéristiques sont à la fois bien connues et largement inexpliquées. Au bout du compte, on subodore que cette épidémie de piqûres est née par hasard. Peut-être les premières victimes voulaient-elles reprendre à leur compte la célèbre défense attribuée à Richard Virenque et se jus- tifier d’une ivresse qui se serait déclarée à l’insu de leur plein gré. Peut-être s’est-elle propagée ensuite du fait d’individus déséquili- brés qui se seraient mis à piquer autour d’eux dans le but d’alimen- ter la psychose. Le psychisme aurait fait le reste. Ce ne serait pas une première mondiale. En 1993, l’Egypte avait connu un phéno- mène très similaire lorsque plusieurs milliers de personnes témoi- gnèrent au même moment d’une expérience surprenante. Sans le moindre signe précurseur, elles avaient été victimes d’un violent mal de tête, parfois accompagné d’une odeur désagréable, avant de perdre totalement conscience pendant quelques minutes. En quelques semaines, de nouveaux cas furent recensés dans 15 des 19 gouvernorats du pays. Malgré toutes les recherches, aucune explication n’a jamais pu être donnée. Faute de mieux, on s’est donc rabattu sur celle d’une hystérie collective et ce label suffit à la faire disparaître. Gageons qu’il en sera ainsi pour celle de ces mystérieuses piqûres. Gaël Bossu « Il faut essayer d’être heureux, ne serait-ce que pour donner l’exemple. » Jacques Prévert Mystère ou hystérie?
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