Extrait Sport & Vie

n o 193 15 Un bateau qui fait mouche! Avec l’exemple de ce premier bateau en matériaux composites imaginé par Joseph Lambot, on réalise le rôle déterminant joué par le sport-loisir dans les progrès industriels. C’est tou- jours vrai à notre époque. Les siècles passent. Les mœurs changent. Mais des trouvailles ingénieuses conti- nuent de germer dans le cerveau des sportifs avant d’être déclinées ensuite beaucoup plus largement dans la société. Surtout les trans- ports et la construction. Un exemple? Aujourd’hui, on ne jure plus que par l’utilisation de la fibre de carbone. Ce matériau composite n’a rien en com- mun avec le fer-ciment de Joseph Lambot sinon qu’on a conservé l’idée d’associer des matériaux différents dans le but d’additionner leurs quali- tés respectives. Dans le cas du béton armé, l’acier travaille en traction pen- dant que le béton résiste aux forces de compression. L’ensemble forme une structure résistante à toutes les contraintes, même aux mouve- ments de terrain, ce qui est précieux lorsqu’on construit dans une zone à forte activité sismique. Dans le cas de tous ces objets fabriqués en ce que nous appelons «fibre de car- bone» (alors qu’on devrait plutôt dire «polymère renforcé de fibres de car- bone» ou PRFC), on noie un treillis de fibres dans une matrice composée d’une résine de polymères (époxy). Là encore, les tâches sont partagées. Les fibres de carbone opposent aux forces de traction une résistance cinq fois supérieure à celle de l’acier. De son côté, la résine est pratique- ment incompressible. En réunissant les deux, on obtient un matériau composite doté de qualités lui per- mettant d’être confronté aux pires vicissitudes de l’existence. Pensez par le courant, l’embarcation tapait de gros rochers? Il commence par barder la coque d’un treillis en fer. Problème: le fer rouille. Il lui vient alors l’idée de protéger l’armature de métal du contact de l’eau en l’enro- bant d’une mince couche de ciment hydrofuge. Bingo! Joseph Lambot possède désormais un bateau à la fois étanche et solide. Tellement solide en réalité qu’il en vient à dou- ter de l’utilité de la coque en bois sous-jacente. Il entreprend de s’en débarrasser et ouvre ainsi, sans le savoir, les portes d’une nouvelle ère industrielle puisque des alliages comme le sien, qu’il avait sobrement baptisé «fer-ciment» , envahiront bientôt tout le secteur de la construction sous leur nouveau nom de «béton armé». A votre avis, à quand remonte la première uti- lisation de matériaux dits «composites» dans le domaine du sport? Les années 80? Les années 70? Les années 60? Perdu. Cet usage remonte aux années 50… 1850! Tout commence en effet en 1858 avec les travaux d’un ingénieur français, Joseph Lambot, qui voulait augmen- ter la résistance aux chocs de sa barque en bois. Comment faire pour mieux la protéger lorsque, emportée Made in France Joseph Lambot, une idée en béton

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