Extrait Archéologia

ARCHÉOLOGIA N° 572 / 5 un nouveau visage de l’Afrique centrale, moderne et juste (même si quelques aspects coloniaux persistent au sein du parcours, comme les sculptures injurieuses d’Arsène Matton qui sont protégées par classement et intrans- portables, dans la grande rotonde d’ac- cueil). Dans cette perspective critique, des liens étroits ont été tissés avec le monde contemporain, notamment avec les représentants des diasporas afri- caines, avec les directeurs de musées et des experts africains au Rwanda, au Sénégal et au Congo. Un palais à rénover Si le point de départ a été le renou- vellement du contenu du musée et de son propos scientifique, il fallait également moderniser l’infrastruc- ture de ce palais, très charmant mais désuet et inadapté aux pratiques muséales actuelles. La rénovation a été menée avec beaucoup de respect (les anciennes vitrines, classées, sont res- tées en place associées à de discrètes vitrines contemporaines, les parquets craquants ont été nettoyés, les larges baies cernées de fer forgé dégagées de restaurations anciennes) et l’ensemble a été complété par un nouveau bâti- ment d’accueil en verre, s’intégrant parfaitement au paysage boisé alen- tour. Une jonction souterraine entre les dans le domaine du masque, de la sta- tuaire, de l’ivoire sculpté et de l’art « utilitaire ». Y sont abordés des thèmes nouveaux tels que la notion de beauté en Afrique, le regard euro- péen sur les œuvres africaines, l’iden- tité des artistes ou bien encore l’ap- proche stylistique des œuvres. « De nombreuses pièces présentées ici peuvent être considérées comme des chefs-d’œuvre », nous précise Guido Gryseels. Le tout est enrichi d’œuvres d’art contemporaines, bienvenues et pertinentes, comme celles de Freddy Tsimba et de Aimé Mpane. La diversité d’un continent Le musée a toujours eu pour vocation de montrer la richesse du continent africain. Son directeur insiste : « Nous voulons être un musée pour tous!ɯ(…) J’espère que le nouveau musée par- viendra à susciter l’intérêt du public pour l’Afrique et à le convaincre que ce continent dispose d’atouts uniques, qu’il s’agisse de capital humain, de biodiversité et de géo-diversité, d’es- prit d’entreprise et d’expression artis- tique. » Les passionnés d’archéologie le savent : l’humanité est née en Afrique et n’a pas attendu l’arrivée de l’homme blanc pour exister pleinement… Outre le fait que le musée est captivant et mérite de longues heures de visite, il nous fas- cine par cette capacité qu’il a eu de se réinventer, d’avoir réussi sa mue pour proposer sa vision d’un monde pluriel et émouvant. Éléonore Fournié ➟ INFOS PRATIQUES AfricaMuseum, chaussée de Louvain 13, 3080 Tervuren. Tél. : + 322 769 53 40 et www.africamuseum.be Guide du visiteur, 160 p., 7,50 € deux structures, via une longue galerie blanche, a permis de présenter l’une des pièces maîtresses de la collection : une grande pirogue en bois, faisant référence à la rivière Congo. Modernisé, le parcours accueille davantage d’œuvres qu’auparavant au sein d’un circuit divisé en quatre grandes sections : Rituels et cérémo- nies, Langues et musiques, Paysages et biodiversité et Paradoxe des res- sources ; sans oublier des espaces plus spécialisés, un couloir dédié à l’histoire coloniale, un Cabinet des minéraux et les trois « lieux de mémoire ». Quant à la longue exposition tempo- raire, Art sans pareil , elle donne à voir un ensemble significatif de la production artistique du Congo (essentiellement) La restitution des biens culturels aux pays d’origine À la question de la restitution du patrimoine africain aux pays d’origine, le directeur Guido Gryseels répond ainsi : « Nous avons beaucoup réfléchi à ce sujet car nous conservons l’une des plus grandes collections au monde d’art africain. Je suis tout à fait d’accord avec le président Macron, quand il dit que ce n’est pas normal que 80% de l’art africain se trouve en Europe, qu’il faut ouvrir le dialogue et y inclure des possibilités de restitution. Il y a encore un long chemin à parcourir. Nous devons d’abord déterminer ce qui a été acquis légalement et illégalement ; nous sommes ouverts au débat et prêts à travailler en commun avec les pays d’Afrique par le biais d’expositions temporaires, de prêts à long terme, ou de remises sous forme digitale d’un certain type de patrimoine (photos, archives ou films par exemple). En termes de restitution au Congo, nous allons en discuter avec le musée national qui va ouvrir pendant l’été 2019. Au Rwanda, nous avons fourni aux musées nationaux une copie de nos inventaires d’objets rwandais. Cela ne veut pas dire qu’ils vont demander restitution mais ils veulent savoir où se trouve leur patrimoine culturel en Europe ! Nous avons une attitude constructive dans ce domaine. » Tambour à fente zoomorphe. République Démocratique du Congo. Inv. n o MO.0.0.36413. © MRAC, Tervuren/Jo Van de Vijver

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